Palestina. Ocupación, colonización, segregación

Itxaso Domínguez de Olazábal
Catarata, Madrid, 2022. 220 p.
Palestina. Ocupación, colonización, segregación d’Itxaso Domínguez de Olazábal, constitue une leçon qui nous aide à comprendre la réalité et la situation actuelle du peuple palestinien. Tout au long des sept chapitres, le livre analyse des questions clés telles que le nouveau cadre interprétatif permettant de comprendre la situation actuelle dans la Palestine historique ; la fragmentation du peuple palestinien, conséquence du système de colonisation ; l’évolution et la contextualisation des différents secteurs ou camps politiques palestiniens ; le rôle de la société internationale dans le « conflit » ; et les nouvelles formes de résistance et de contre-récits palestiniens. Enfin, l’épilogue, rédigé par Nadia Silhi Chahin, se penche sur la liberté d’expression et la solidarité avec la Palestine.
Il y a environ un an, Cheikh Jarrah faisait partie de l’actualité en raison de la décision d’un tribunal israélien d’expulser des familles palestiniennes de leurs maisons. Dans le même temps, Israël affirmait avoir le pouvoir de faire ce qu’il voulait à Jérusalem. Ainsi, Cheikh Jarrah est devenu le point de mire de l’indignation palestinienne. En effet, ce qui s’y passait incarnait ce qui continue de se produire dans toute la Palestine, à savoir l’appropriation par Israël de terres et de maisons palestiniennes sur une base juridique douteuse. Cela a conduit à une série de protestations et d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes. Plus récemment, au cours du mois de Ramadan 2022, la violence s’est intensifiée à Al Aqsa suite au meurtre de la journaliste palestinienne Shirin Abou Akleh. Par ailleurs, un rapport d’Amnistie Internationale a montré que les confiscations massives de terres et de biens palestiniens, les déplacements forcés, les restrictions à la circulation et le déni de nationalité et de citoyenneté aux Palestiniens constituent un système d’apartheid, au regard du droit International. Pour comprendre en profondeur ce contexte actuel, il est essentiel de comprendre le passé, la réalité sur le terrain et les questions qu’Itxaso Domínguez de Olazábal met en évidence tout au long de son livre.
Le premier chapitre présente la manière dont les récits ethno-nationaux et ethno-religieux ont influencé le « conflit » palestino-israélien. Il en résulte que d’autres origines ou explications du conflit sont ignorées. Il analyse également le colonialisme de peuplement qui s’est installé dans la Palestine historique depuis des décennies, et la manière dont il a abouti à un régime d’apartheid, la négation de l’identité palestinienne ayant toujours été présente dans le discours officiel israélien. Dans cette optique, l’auteur affirme qu’il est clair que le véritable objectif des Accords d’Oslo était de permettre à Israël de consolider son projet colonial et d’accroître ainsi son contrôle sur tous les aspects de la vie des Palestiniens.
D’autre part, il est impératif de réaliser que les dirigeants palestiniens sont divisés, ce qui soulève la question de savoir qui représente réellement les Palestiniens. Cette fragmentation est fondamentalement politique donnant naissance à différents camps politiques épousant des priorités différentes concernant la cause palestinienne, mais aussi des priorités économiques, de classe, générationnelles et de genre.
Le deuxième chapitre analyse en profondeur cette fragmentation et la crise du mouvement national palestinien. Dans les suivants, à savoir les troisième, quatrième et cinquième, l’auteure analyse comment cette division a conduit à l’existence de différents camps politiques palestiniens, soumis à un régime juridique différent en fonction de leur situation géographique. Le troisième chapitre porte sur les Palestiniens de 1967 et distingue leurs trois réalités : la Cisjordanie, Jérusalem et la bande de Gaza. Le chapitre suivant est consacré aux Palestiniens de 1948 ou aux citoyens palestiniens d’Israël. Enfin, le cinquième chapitre est consacré à la diaspora palestinienne. À cet égard, n’oublions pas qu’en 1948, la société internationale considérait la question palestinienne comme un « problème de réfugiés ».
Un autre élément important à prendre en compte est l’attitude de la communauté internationale vis-à-vis de la question palestinienne. Le sixième chapitre examine le rôle des acteurs internationaux dans la détermination du problème d’origine du « conflit ». Il examine également comment le cadre d’Oslo a reconfiguré l’image d’Israël, passant d’un occupant à un pacificateur, et comment l’occupation est passée du statut de violation du droit international, à celui de simple conflit frontalier. Enfin, il est fait référence au rôle de certains acteurs internationaux de premier plan dans la Palestine historique, tels que les États-Unis, l’UE et les récents accords de normalisation avec certains États arabes.
Le dernier chapitre est consacré aux acteurs et aux groupes qui ont mené des actions de résistance dans le cadre de la cause palestinienne, au XXIème siècle. Ces résistances ont été populaires et non violentes. On y souligne qu’à l’heure actuelle, ce sont les Palestiniens qui ne sont pas alignés sur leurs dirigeants qui ont fait entendre leur voix dans les médias, les réseaux sociaux et les forums officiels. Le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), qui a permis aux Palestiniens de s’organiser entre eux et avec d’autres membres de la société civile, a également constitué un pilier important.
Nadine Silhi Chahin conclut le livre par un examen approfondi de la solidarité internationale avec la Palestine et du rôle du mouvement BDS de la société palestinienne, dans la défense des droits des Palestiniens. Elle analyse également la manière dont le droit Pénal a été utilisé contre les militants du BDS en Espagne, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et aux États-Unis. Enfin, pour conclure, elle analyse l’évolution de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, dans la défense des droits des Palestiniens en Europe.
En résumé, Palestina d’Itxaso Domínguez de Olazábal est un livre sur la Palestine, les Palestiniens et les Palestiniennes. Un livre essentiel, nécessaire et actualisé pour le public hispanophone dans le but de comprendre la réalité et la lutte palestiniennes. Un livre qui met en lumière le danger de parler de « solution » et que la liberté et la libération des Palestiniens passent par la décolonisation. En fin de compte, parler de la Palestine, c’est parler des droits de l’homme et du droit international.