Le Liban dans le contexte convulse du Proche-Orient

« Les raisons sont là pour que le Hezbollah, même si l’on n’aime pas du tout son idéologie, ne soit pas désarmé » pense l’économiste et historien libanais, qui critique des jeux de puissances occidentales dans la région.

ENTRETIEN avec Georges Corm par Natalia Sancha

A ses 73 ans, l’économiste et historien Georges Corm a analysé le Liban depuis tous ses angles. Ancien ministre des Finances, Corm est déçu de la classe politique libanaise qu’il évite de fréquenter, bien qu’il eprouve un grand respect pour l’ancien premier ministre Salim el Hoss. Né et devenu adolescent en Égypte, ce chrétien maronite surprend tantôt les oreilles libanaises comme les européennes, à travers un discours inusuel. Un homme avec un discours gênant qui maintient de fermes positions comme la défense de la milice chiite Hezbollah, la critique des jeux de puissances occidentales dans la région ou la critique envers Israël. Bien qu’on voudrait qu’il soit un homme politique, au Liban, il refuse de rentrer dans le jeu et devenir « un décor autour d’un chef autoritaire et patriarcal ». Il enseigne toujours comme professeur et travaille en tant que consultant. C’est dans son bureau à Beyrouth qui se déroule cet entretien.

A/I : Dans les presque deux ans de conflit en Syrie, le Liban a été relativement tranquille. Est-ce que vous croyez que la situation commencera à se détériorer avec les évènements récents, comme l’attentat de Wissam al Hassan ou les affrontements entre partisans du Hezbollah et du Cheikh Ahmed el Asir?

G.C. : Je ne crois pas que ce soit plus brûlant maintenant. Depuis le début, les évènements en Syrie ont affecté le Liban. Il y a un clivage très fort entre deux groupes politiques, lesquels heureusement sont chacun transcommunautaires, donc il n’y a pas de polarisation communautaire avec des partisans et des détracteurs du régime syrien. C’est une vieille histoire. Avec l’assassinat de Rafik Hariri, cette polarisation s’est créée. Évidemment, le paradoxe de la situation, c’est que les plus grands défenseurs de la présence syrienne au Liban pendant 15 ans, se sont transformés, du jour au lendemain, en des détracteurs féroces, mais rien n’a changé. De toute façon, le Liban est un État mou, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est un État tampon, comme je l’appelle, qui est donc très perméable à toutes les influences régionales. Bien sûr, avec cet énorme voisin qui s’appelle la Syrie, vous ne pouvez pas manquer d’avoir des répercussions au Liban. Mais jusqu’à présent, cela reste quand même contenu, malgré les phénomènes de plus en plus spectaculaires médiatiquement, comme ce Cheikh de Saida dont vous parlez.

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