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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
Égypte : les enjeux constitutionnels
Les liens entre l’État et la religion, la place de l’armée et le choix d’un régime présidentiel ou parlementaire, sont les principaux défis du processus de transition démocratique.
Nathalie Bernard-Maugiron
Le vendredi 29 juillet 2011, les courants islamistes égyptiens firent une démonstration de force en organisant la plus grande manifestation depuis la chute du président Hosni Moubarak, arborant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Le Coran est notre Constitution », « Non aux principes supraconstitutionnels », « L’islam est la solution », « L’Égypte est un État islamiste ». Les groupes libéraux et séculiers accusèrent les Frères musulmans, les Salafistes et la Jamaa Islamiya d’avoir rompu l’accord conclu avant la manifestation, selon lequel tous les courants politiques devaient s’unir autour de revendications communes. Ils rappelèrent également que trois semaines auparavant, lors de la journée de manifestation du vendredi 8 juillet 2011, eux-mêmes avaient accepté de renoncer à leur mot d’ordre « La constitution d’abord » pour préserver l’unité nationale et éviter le boycott de la manifestation par les groupes islamistes.
Après avoir longtemps porté sur l’ordre dans lequel devaient se suivre les prochaines étapes du processus de transition démocratique (élections législatives/élections présidentielles/Constitution), le débat constitutionnel en Égypte s’est déplacé sur la question de l’adoption préalable ou non de principes supraconstitutionnels. Ces débats de technique constitutionnelle, d’ordinaire réservés aux plus grands juristes, passionnèrent autant qu’ils divisèrent la scène politique égyptienne pendant tout l’été 2011. Derrière ces questions juridiques se devinait, en effet, une lutte politique entre libéraux, partisans d’un État séculier (« civil »), et partisans d’une réislamisation du droit et des institutions. Entre les deux, l’armée était accusée, tour à tour, de faire le jeu des islamistes en organisant les législatives avant la rédaction de la Constitution, puis des libéraux et des séculiers en acceptant d’adopter des principes supraconstitutionnels, destinés à lier la future Assemblée constituante. Mais, est-ce que finalement l’armée ne faisait pas cavalier seul, ne cherchant qu’à protéger ses propres intérêts stratégiques, en cherchant à consacrer pour l’avenir son droit d’ingérence politique ?
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