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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
Le secteur sécurité et l’avenir de la démocratisation
La transition démocratique égyptienne n’aboutira pas avant d’en finir avec l’impunité des services de sécurité, ce qui est difficile dans l’actuel état d’extrême polarisation.
Omar Ashour
L’Ikhwanisation de la police est un terme que l’on retrouve souvent dans les journaux égyptiens fondés par des partis et des figures de l’opposition et encore plus dans des débats télévisés sur des chaînes privées. Le terme fait référence au processus à travers lequel les Frères musulmans (al Ikhwan al Muslimin) tentent de contrôler le ministère de l’Intérieur. Ceci est le reflet le plus récent de la politique de réforme du secteur de la sécurité dans un pays où la brutalité policière a provoqué une révolution. Ainsi donc, les Frères musulmans et leur Parti de la Liberté et la Justice (PLJ) tentent-ils d’Ikhwaniser les forces de police ? Ou s’agit-il d’une tentative pour remplir un objectif révolutionnaire et consolider un pilier important dans toute démocratie, tel que le contrôle de l’appareil de sécurité ? Ou rien de tout cela, et il s’agit simplement d’un processus de lutte de pouvoir où la propagande, la tromperie et la manipulation du secteur de la sécurité sont les éléments centraux ? Pour répondre à ces questions, commençons l’histoire par le début.
La révolution et le secteur de la sécurité
Nous savons que les actions du secteur de la sécurité ont déclenché la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Le meurtre public d’un activiste d’internet, Khaled Saïd, en juin 2010, aux mains de deux policiers ne fut que le prélude mémorable de la brutalité des Forces de sécurité centrale (CSF, selon les sigles en anglais) et de l’armée de caïds (baltagia, individus armés, embauchés pour attaquer des réunions politiques) habillés en civils au cours des mois des élections parlementaires de novembre et décembre 2010, qui ont préparé le terrain pour la révolution. Selon de nombreux révolutionnaires, les forces de police étaient l’armée qui protégeait le régime. La confrontation était donc inévitable pour le changement : « Nous devions les faire plier… Si seulement on avait trouvé une autre manière, mais il n’y en avait pas… maintenant il faut tout arranger », déclarait un activiste adolescent qui avait participé dans la confrontation sur le chemin vers la place Tahrir, le 28 janvier 2011, au cours d’un entretien avec moi, en novembre 2011.
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