Co-edition with Fundación Análisis de Política Exterior
Ideas políticas

Si l’Europe va à droite, continuera-t-elle à regarder vers le sud ?

Arturo Varvelli, Angela Ziccardi
European Council on Foreign Relations, Rome

 Les attentes ont été comblées par la réalité. En effet, les dernières élections européennes des 8 et 9 juin ont montré un net glissement vers la droite. Sur les 720 sièges du Parlement européen, le Parti populaire euro­péen (PPE) et l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D) restent les premier et deuxième groupes en termes de nombre de sièges – respective­ment 189 et 136 –, mais la révélation de ces élections est venue des Conservateurs et réformistes européens (ECR). Avec 83 eurodéputés, le parti de droite est de­venu le troisième groupe parlementaire de l’hémicycle, dépassant Renew Europe (RE), le groupe centriste du Parlement européen. La victoire de cette « force constructive de centre-droit », comme le ECR s’est récemment décrit, a été stimulée par les résultats des élections en Italie, où le parti des Frères d’Italie de la première ministre Giorgia Meloni a obtenu le plus grand nombre de voix au niveau national. Les partis d’extrême droite ont également dominé en France et en Allemagne, déclenchant des élections anticipées à Paris et une crise d’identité à Berlin. Les résultats du Rassemblement na­tional, le parti politique d’extrême droite de Marine Le Pen, qui a obtenu son meilleur résultat dans une élection nationale avec 31,5 % des voix, ont incité le président français Emmanuel Macron, malgré sa cote de populari­té de 15 %, à dissoudre l’Assemblée nationale et à convo­quer des élections le 30 juin. Pour en revenir à Berlin, outre le fait que le parti conservateur CDU-CSU soit redevenu le premier parti (avec environ 30 %), le parti social-démocrate (SPD) du chancelier allemand Olaf Scholz a également été dépassé par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a célébré une deuxième place historique.

Dans un contexte de crises internes, de remises en question et de désagréments, le tableau final laisse présager une augmentation du nombre de députés de droite au Parlement européen. Toutefois, cela ne semble pas bouleverser les projets de coalition antérieurs. Le groupe PPE est arrivé en tête, avec quelques sièges sup­plémentaires, tandis que le S&D est resté stable, suggé­rant la continuité de la coalition PPE-S&D-Renew de la dernière législature, malgré le net recul des libéraux. La droite a frappé au coeur du moteur franco-allemand et a dominé en Italie, mais la continuité au centre de­vrait prévaloir à Bruxelles.

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