Co-edition with Fundación Análisis de Política Exterior
Ideas políticas

Le ‘lendemain’ incertain de la guerre de Gaza

Mariano Aguirre Covadonga Morales Bertrand,
membre associé de Chatham House et conseiller du Réseau de sécurité latino-américain de la Fondation Friedrich Ebert, auteur de Guerra Fría 2.0. (Icaria, Barcelone, 2023). Politologue, a travaillé au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Jérusalem de 2009 à 2013.

Le 22 février, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a présenté son plan pour Gaza après la guerre. Ce texte succinct est un signe adressé à ses alliés d’extrême droite au sein du gouvernement, ainsi qu’aux États-Unis, à l’Europe et à l’ONU : il refuse d’arrêter l’of­fensive à ce stade, de donner un rôle à l’Autorité palesti­nienne (ANP) dans la bande de Gaza, ainsi que d’entamer des négociations en vue de la création d’un État palesti­nien. Il confirme, en outre, sa volonté de démanteler l’Of­fice de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ce qui servirait son objectif de mettre fin au droit au re­tour des réfugiés de la guerre de 1948. Il réaffirme que l’offensive à Gaza se poursuivra jusqu’à l’épuisement des capacités militaires et administratives du Hamas, et n’in­dique aucune concession aux familles des quelques 130 otages encore détenus par le Hamas fin février, ni à ceux qui lui reprochent de faire passer la guerre et sa carrière politique, avant la vie de ses compatriotes.

Une semaine plus tard, le gouvernement a annon­cé qu’il ne renonçait pas à ordonner une offensive sur la ville de Rafah, alors même que les négociateurs du Hamas et d’Israël étaient proches d’un éventuel accord, prévoyant la libération d’une partie des otages israé­liens en échange de plusieurs centaines de prisonniers palestiniens, l’arrêt de l’opération à Gaza pendant 40 jours et un meilleur accès de l’aide humanitaire.

Le plan de Nétanyahou prévoit la « liberté d’action opérationnelle dans toute la bande de Gaza sans limite de temps » et la création de zones de sécurité entre Gaza, Is­raël et l’Égypte, dans des zones précédemment peuplées par les habitants de Gaza et qui ont été ravagées par les bombardements. La création d’une telle zone implique l’invasion et la destruction de Rafah, où s’entassent au­jourd’hui quelque 1,5 million de personnes, ce qui accroît le risque d’un déplacement massif des habitants de Gaza vers l’Égypte. Le Caire a prévenu qu’il n’accepterait pas cet afflux de réfugiés et menace Israël de « suspendre » l’accord de paix de Camp David, de 1979.

Le gouvernement et l’armée israéliens spéculent sur l’expulsion des habitants de Gaza, l’expansion des colonies et le renforcement du contrôle sur les Palesti­niens de Cisjordanie. En octobre dernier, le Ministère israélien du Renseignement a officieusement proposé le transfert forcé et permanent des 2,3 millions d’ha­bitants de Gaza vers la péninsule égyptienne du Sinaï. Le prestigieux magazine américain Jewish Currents a publié, en décembre, les projets du gouvernement is­raélien d’accepter des contingents palestiniens au ni­veau international pour des « raisons humanitaires ». Le gouvernement Nétanyahou a fait pression sur plu­sieurs pays européens, sur la République démocratique du Congo et surtout sur l’Égypte, pour qu’ils laissent entrer des milliers de Gazaouis dans le désert du Sinaï.

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